
OVHcloud prépare OVHai Workspace, une nouvelle suite collaborative qui viendra directement marcher sur les plates-bandes de Microsoft 365 et Google Workspace. Sur le papier, le pari peut sembler presque déraisonnable tant Microsoft et Google sont installés dans les entreprises. Pourtant, le contexte n’a probablement jamais été aussi favorable à l’arrivée d’une alternative européenne.
Car le sujet dépasse largement la bureautique ou même l’intelligence artificielle. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les tensions commerciales entre les États-Unis et l’Europe, les annonces successives autour des droits de douane et la volonté américaine d’utiliser davantage son poids économique ont remis brutalement la question de notre dépendance aux entreprises américaines sur le devant de la scène.
Et dans l’IT, cette dépendance est considérable. 🛡️
Microsoft et Google sont devenus difficiles à contourner

Messagerie, visioconférence, stockage, partage documentaire, identité, sécurité, collaboration, intelligence artificielle : une grande partie du poste de travail moderne repose aujourd’hui sur quelques entreprises américaines.
Microsoft 365 en est probablement le meilleur exemple. Exchange Online, Teams, SharePoint, OneDrive, Entra ID et désormais Copilot constituent un écosystème extrêmement intégré. Google propose une approche différente avec Gmail, Drive, Docs, Meet et Gemini, mais avec la même conséquence : une entreprise finit par confier une part considérable de son fonctionnement quotidien à un seul fournisseur.
Cette intégration est justement ce qui rend ces plateformes aussi efficaces. Je travaille depuis des années avec l’écosystème Microsoft et il serait absurde de nier la qualité et la maturité de Microsoft 365. J’utilise également de plus en plus Google Workspace, dont j’apprécie particulièrement la simplicité et la cohérence entre les différents services.
Le problème n’est donc pas de savoir si ces solutions sont bonnes. Elles le sont. 👍
La vraie question est plutôt : est-il raisonnable que les entreprises et administrations européennes en soient devenues aussi dépendantes ?
La souveraineté numérique devient beaucoup plus concrète

Pendant longtemps, la souveraineté numérique a surtout été un sujet discuté dans les administrations, les secteurs sensibles ou les conférences consacrées au cloud. Pour beaucoup d’entreprises privées, le choix restait assez simple : prendre la solution la plus efficace et la plus compétitive.
Le contexte géopolitique change progressivement cette perception.
Les tensions commerciales entre Washington et Bruxelles et l’utilisation des droits de douane comme outil de négociation rappellent aux entreprises européennes qu’une dépendance technologique est aussi une dépendance économique et politique.
À cela s’ajoutent des sujets déjà connus comme le CLOUD Act américain, la localisation des données ou plus largement l’extraterritorialité du droit américain. Aucun de ces éléments n’est nouveau, mais leur importance devient beaucoup plus visible lorsque les relations entre alliés deviennent elles-mêmes plus imprévisibles.
Cela ne signifie évidemment pas que les entreprises européennes vont abandonner Microsoft 365 ou Google Workspace demain matin. Une migration de cette ampleur est complexe, coûteuse et parfois simplement irréaliste.
Mais disposer d’alternatives crédibles devient stratégique. Nous avons ainsi vu Airbus qui vient d’annoncer qu’ils allaient migrer plusieurs applications métiers au sein de Scaleway – pour une entreprise utilise Google Workspace, ce n’est pas rien comme décision.
C’est précisément là qu’OVHcloud peut avoir une carte à jouer

C’est ce qui rend OVHai Workspace intéressant : OVHcloud ne part évidemment pas avec l’écosystème, les fonctionnalités ou la base installée de Microsoft et Google. En revanche, l’entreprise dispose d’un avantage difficile à reproduire : c’est un acteur européen du cloud déjà connu des entreprises et des administrations, avec une infrastructure largement implantée en Europe.
OVHai Workspace devrait réunir plusieurs briques indispensables à une suite collaborative moderne : communication, partage de fichiers, édition documentaire et services enrichis par l’intelligence artificielle.
L’objectif ne devrait d’ailleurs probablement pas être de reproduire Microsoft 365 fonctionnalité par fonctionnalité. Ce combat serait extrêmement difficile. 🤓
En revanche, proposer une suite suffisamment complète pour couvrir les usages essentiels, avec une infrastructure européenne et une gouvernance des données clairement identifiable, pourrait répondre à une demande qui n’existait pas avec la même intensité il y a encore quelques années.
L’IA est importante, mais ce n’est pas le sujet principal
Le nom OVHai Workspace met évidemment en avant l’intelligence artificielle. C’est assez logique en 2026 : Microsoft pousse Copilot dans Microsoft 365 et Google intègre Gemini toujours plus profondément dans Workspace.
OVHcloud doit donc être capable de proposer les mêmes nouveaux usages : résumer des documents, rechercher de l’information, générer du contenu ou assister les utilisateurs dans leurs tâches quotidiennes. Mais je ne pense pas que ce soit l’IA qui puisse réellement différencier OVHai Workspace.
Microsoft, Google et les grands acteurs américains investissent des sommes considérables dans ce domaine. Essayer de les battre uniquement sur leurs capacités d’IA semble donc particulièrement compliqué.
La différence peut en revanche venir de la combinaison entre collaboration, IA et souveraineté. Pour une entreprise européenne, savoir où sont traitées ses données, sous quelle juridiction et par quel fournisseur peut progressivement devenir aussi important que la liste des fonctionnalités disponibles.
Vers une vraie alternative européenne ?
Il faut évidemment rester prudent. Entre annoncer une suite collaborative et proposer une plateforme capable de remplacer Microsoft 365 ou Google Workspace pour plusieurs milliers d’utilisateurs, il existe un fossé considérable.
Il faudra notamment regarder la compatibilité avec les formats existants, les outils de migration, l’administration, la gestion des identités, les API, les applications mobiles et surtout l’expérience utilisateur. Une entreprise ne changera pas plusieurs années d’habitudes simplement pour afficher un drapeau européen sur sa solution de collaboration.
Mais je trouve l’arrivée d’OVHai Workspace particulièrement intéressante parce qu’elle intervient au bon moment.
L’Europe parle depuis des années de souveraineté numérique tout en restant extrêmement dépendante des technologies américaines. Le contexte politique et commercial actuel transforme progressivement cette contradiction en véritable sujet stratégique.
OVHcloud ne fera probablement pas disparaître Microsoft 365 ou Google Workspace des entreprises européennes. Ce n’est d’ailleurs pas nécessaire pour que l’initiative soit intéressante.
Si OVHai Workspace permet simplement aux organisations européennes d’avoir une alternative crédible, et donc davantage de choix face aux géants américains, ce sera déjà une avancée importante.
Et dans le contexte actuel, avoir le choix commence justement à devenir une forme de souveraineté… Affaire à suivre !


